Quels sont les délais de l’EMA pour la procédure classique et la procédure accélérée ?

L’Agence européenne des médicaments (EMA) joue un rôle central dans l’évaluation scientifique, la supervision et le suivi de la sécurité des médicaments au sein de l’Union européenne (UE).
L’EMA propose deux types de procédures pour l’évaluation des demandes d’autorisation de mise sur le marché (AMM) : la procédure classique et la procédure accélérée, chacune suivant un calendrier bien défini.
Le rôle de l’EMA dans la régulation des médicaments
Créée en 1995, l’EMA coordonne l’évaluation scientifique des médicaments dans l’Union européenne. Elle centralise les demandes d’AMM pour permettre aux laboratoires d’obtenir une autorisation unique valable dans tous les États membres de l’UE, en Islande, au Liechtenstein et en Norvège.
Ce fonctionnement se distingue de celui d’autres agences comme la FDA, notamment en termes de calendrier et de processus. Découvrez les différences entre l’EMA et la FDA.
Selon le niveau d’urgence du besoin médical ou le caractère innovant du médicament, les entreprises peuvent opter pour une procédure standard ou, si elles remplissent certains critères, demander une procédure accélérée.
Délais de la procédure classique
La procédure classique de l’EMA suit un calendrier fixe de 210 jours, auxquels peuvent s’ajouter des périodes d’interruption pendant lesquelles le laboratoire répond aux questions posées par le Comité des médicaments à usage humain (CHMP).
Détails du calendrier standard :
- Jour 1 : L’évaluation débute officiellement.
- Jour 70 : Le rapporteur et le co-rapporteur soumettent leur rapport d’évaluation préliminaire.
- Jour 100 : Fin de la période de commentaires des membres du CHMP.
- Jour 115-120 : Discussion et adoption par le CHMP de la liste des questions à adresser au laboratoire.
- Jour 120 : Début de la période de clock stop, durant laquelle le laboratoire prépare ses réponses.
- Jour 121 (reprise) : Réception des réponses et redémarrage de l’évaluation.
- Jour 150 : Rapport d’évaluation final (joint assessment) transmis au CHMP.
- Jour 170 : Fin des commentaires sur ce rapport.
- Jour 180 : Discussion finale du CHMP et préparation de l’avis.
- Jour 210 : Adoption de l’avis du CHMP et transmission à la Commission européenne.
Pourquoi le délai entre la soumission d’un dossier et l’approbation de l’EMA peut-il dépasser 300 jours ?
Le processus d’autorisation de mise sur le marché au niveau européen est rigoureusement encadré, mais plusieurs étapes peuvent allonger les délais au-delà des 300 jours :
- Durée de la procédure d’évaluation standard :
L’évaluation d’un médicament par l’EMA dure théoriquement 210 jours. Cependant, cette période peut être interrompue à plusieurs reprises pour permettre au laboratoire de répondre aux questions du Comité des médicaments à usage humain (CHMP). Ces interruptions sont appelées « clock stops ». - Impact des clock stops :
Chaque clock stop suspend temporairement le décompte des jours. Sa durée dépend du temps que met le laboratoire à soumettre ses réponses aux demandes de l’EMA. Ces arrêts peuvent ajouter plusieurs semaines, voire plusieurs mois au processus global. Le décompte reprend ensuite là où il s’était arrêté (clock restart).
Ces interruptions soulignent l’importance d’une préparation réglementaire rigoureuse en amont afin de réduire le temps de développement d’un médicament et de limiter la durée cumulée des clock stops. - Délai de décision de la Commission européenne :
Une fois l’avis favorable (ou défavorable) rendu par le CHMP, la Commission européenne dispose d’un délai moyen de 67 jours pour rendre sa décision finale.
En cas d’avis positif, la Commission européenne publie l’AMM valable dans toute l’UE.
Délais de la procédure accélérée (accelerated assessment)
L’autorisation de mise sur le marché dans le cadre de la procédure accélérée est un mécanisme de l’Union européenne visant à permettre un accès plus rapide aux traitements innovants d’intérêt majeur pour la santé publique. Cela implique que la décision d’autorisation a été prise à l’issue d’une procédure d’évaluation scientifique accélérée par l’EMA.
Pour certains candidats visant une désignation orpheline, ces mécanismes s’inscrivent dans un parcours plus large régi par les procédures spécifiques au développement des médicaments orphelins, qui encadrent l’ensemble de leur trajectoire réglementaire.
Dans le cadre de la procédure centralisée, le délai standard pour l’évaluation d’une demande d’autorisation de mise sur le marché est de 210 jours (hors clock stops).
Toutefois, lorsque le CHMP accepte une demande d’évaluation accélérée pour un médicament présentant un intérêt majeur pour la santé publique ou étant une innovation thérapeutique, le délai de traitement est réduit à 150 jours (sans compter les clock stops).
Pour ce type de médicaments, ce délai de 150 jours est divisé en deux phases : 120 jours pour la première phase, suivis de 30 jours pour la phase finale, avec un clock stop autorisé jusqu’à 3 mois après le 120e jour pour permettre au laboratoire de soumettre des réponses écrites.
Critères d’éligibilité à la procédure d’évaluation accélérée :
- Demande d’autorisation de mise sur le marché (AMM)
Les étapes générales de cette procédure sont détaillées sur le site internet de l’agence européenne du médicament. - Intérêt majeur pour la santé publique (Article 14(9) du Règlement (CE) N° 726/2004)
Le médicament doit présenter un intérêt majeur pour la santé publique, en particulier du point de vue de l’innovation thérapeutique. - Répondre aux attentes des patients et à l’évolution des sciences
Le médicament doit répondre aux attentes légitimes des patients. Il doit également s’adapter à l’évolution constante des connaissances scientifiques et des thérapies disponibles, comme le souligne la réglementation européenne dans plusieurs de ses considérants.
Par ailleurs, il convient de noter que bien que le calendrier soit compressé, il peut également comporter des clock stops. En outre, en cas de difficultés techniques ou de besoin de données complémentaires majeures, l’EMA peut décider de revenir à la procédure standard. Enfin, à l’instar de la procédure classique, l’avis est transmis à la Commission européenne pour décision finale.
Comparaison des deux procédures : standard vs accélérée
La procédure classique de l’EMA prévoit une durée d’évaluation de 210 jours, hors périodes de suspension (clock stops) pendant lesquelles le laboratoire répond aux questions du Comité des médicaments à usage humain (CHMP). Elle s’applique à la majorité des demandes d’AMM et ne requiert pas de justification particulière. Quelle que soit la procédure retenue, l’obtention de l’AMM s’accompagne d’obligations de pharmacovigilance post-AMM, souvent renforcées lorsque l’évaluation repose sur des données cliniques limitées.
En revanche, la procédure accélérée est réservée aux médicaments considérés comme prioritaires pour la santé publique, notamment lorsqu’ils concernent des maladies pour lesquelles les besoins médicaux restent non satisfaits. Elle permet de réduire le délai d’évaluation à 150 jours. Cette réduction n’est pas automatique : le laboratoire doit en faire la demande motivée auprès de l’EMA, qui évalue l’éligibilité du dossier avant acceptation.
Malgré cette accélération, ces délais peuvent rester incompatibles avec certaines situations d’urgence sanitaire. Dans ce cas, des dispositifs d’accès précoce avant l’AMM peuvent permettre une mise à disposition encadrée du médicament avant l’autorisation formelle.
Dans les deux cas, la procédure peut être temporairement suspendue si le CHMP demande des compléments d’information. Une fois l’avis du CHMP rendu (au jour 210 pour la procédure classique, ou au jour 150 pour la procédure accélérée), la Commission européenne prend la décision finale d’autorisation, généralement dans un délai d’environ 67 jours.
Conclusion
Pour les laboratoires pharmaceutiques, bien maîtriser les délais d’évaluation de l’EMA est essentiel pour planifier efficacement la mise sur le marché de nouveaux médicaments.
La procédure classique, avec ses 210 jours d’évaluation, reste la norme pour la majorité des médicaments. Toutefois, pour les traitements à fort potentiel thérapeutique, la procédure accélérée offre un parcours réglementaire plus rapide, à condition de satisfaire des critères stricts.
Dans les deux cas, une préparation rigoureuse du dossier et une anticipation des clock stops sont indispensables pour respecter les délais et optimiser les chances d’obtention de l’AMM.
Au-delà de l’autorisation initiale, les laboratoires doivent également anticiper la gestion des variations réglementaires après l’AMM, qui peut influencer durablement le cycle de vie du médicament.


